Renouvellement de la mission multinationale en Haïti : Entre soulagement diplomatique et faillite de la souveraineté nationale
Un consensus diplomatique aux motivations divergentes
L'annonce du renouvellement du mandat de la Mission Multinationale d'Appui à la Sécurité (MMAS) par l'Organisation des États Américains (OEA) et les Nations unies a suscité une vague de félicitations concordantes. En Haïti, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé s'est réjoui de cette décision, tandis que la République Dominicaine a vivement encouragé cette reconduction. Cependant, ce concert d'applaudissements interroge : pourquoi deux gouvernements aux agendas souvent opposés se félicitent-ils d'une telle décision ? Et surtout, quel est le bilan réel de cette présence étrangère sur le terrain ?
Pour le pouvoir haïtien : Un bouclier face au vide institutionnel
Pour l'exécutif de transition à Port-au-Prince, la satisfaction affichée répond à un pragmatisme de survie politique. Privé d'une armée nationale opérationnelle et face à une Police Nationale d'Haïti (PNH) sous-équipée, le gouvernement voit dans la force multinationale la seule garantie d'éviter l'effondrement total de la capitale aux mains des coalitions de gangs. Faute de pouvoir assurer la sécurité par des moyens endogènes, l'appel à des troupes étrangères devient une béquille indispensable pour maintenir l'illusion d'une autorité étatique et tenter de préparer un futur processus électoral.
Pour Santo Domingo : Contenir la crise de l'autre côté de la frontière
Du côté de la République Dominicaine, l'enthousiasme pour la présence internationale en Haïti relève d'une doctrine de sécurité nationale. Pour les autorités dominicaines, la MMAS constitue un tampon sécuritaire visant à contenir la violence des gangs et à empêcher un chaos généralisé de déborder sur leur territoire. Favoriser le déploiement de troupes internationales en Haïti permet à la diplomatie dominicaine d'exiger une réponse globale à la crise tout en légitimant la fermeture et le contrôle renforcé de ses propres frontières.
Le bilan en question : Qu'a réellement apporté la force étrangère ?
Au-delà des discours diplomatiques, la population haïtienne dresse un constat beaucoup plus amer. L'arrivée des premières troupes internationales n'a pas produit le basculement stratégique attendu :
Les axes routiers majeurs reliant la capitale aux provinces restent largement contrôlés ou menacés par des groupes armés.
Les chefs de gangs continuent d'imposer leur loi et de défier les autorités.
La vie quotidienne des citoyens demeure marquée par la peur, le déplacement forcé et l'insécurité économique.
La force multinationale a certes permis de sécuriser certains sites stratégiques ciblés, mais elle n'a pas éradiqué la menace criminelle, soulevant la question de l'efficacité de sa doctrine d'engagement et de ses effectifs réels sur le terrain.
Le dilemme de la souveraineté : L'acceptation d'une tutelle sécuritaire
La question centrale demeure morale et constitutionnelle : comment un pays né de la rupture avec l'oppression et fier de son indépendance de 1804 peut-il accepter la présence prolongée de soldats étrangers sur son sol ? L'entrée de troupes armées et de blindés internationaux sur le territoire national consacre l'échec historique des élites politiques à bâtir des forces de défense et de sécurité souveraines.
Tant que les dirigeants haïtiens privilégieront la perfusion sécuritaire internationale au lieu d'investir massivement et de manière transparente dans les Forces Armées d'Haïti (FAd'H) et la PNH, la souveraineté nationale restera un concept théorique. Le renouvellement du mandat de la MMAS offre un répit tactique, mais il ne résout en rien la crise structurelle d'un État incapable de se défendre lui-même.




L'échec total de toute l'histoire
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