Déclaration de Nayib Bukele et massacres de civils : Pourquoi la force internationale s'active-t-elle seulement pour 4 des leurs ?

 


Une menace de guerre totale pour quatre militaires

Dans une prise de parole incendiaire publiée sur les réseaux sociaux, le Président du Salvador, Nayib Bukele, a lancé un ultimatum direct aux groupes armés tenant en otage quatre militaires salvadoriens (membres du personnel technique et médical de leur mission en Haïti). Promettant une offensive d'une sévérité extrême si ses compatriotes ne sont pas libérés sains et saufs, le dirigeant salvadorien rappelle sa méthode d'éradication des gangs appliquée dans son pays.  

Si la volonté d'un État de protéger ses soldats est compréhensible, la réaction du président salvadorien provoque un sentiment d'indignation et de sidération au sein de la population haïtienne.

Question 1 : La vie des citoyens haïtiens vaut-elle moins que celle des soldats étrangers ?


Depuis des mois, la population haïtienne assiste à des carnage répétés sous le regard passif des institutions et des forces de paix :

Le drame de Kenscoff et de l'Artibonite : Des dizaines de paysans et de familles ont été massacrés ou brûlés vifs dans leurs maisons.

Les tueries quotidiennes dans la Plaine : Des centaines d'Haïtiens ont perdu la vie dans l'indifférence quasi générale.

Face à ces massacres de civils innocents, ni la Police Nationale d'Haïti (PNH), ni les Forces Armées d'Haïti (FAd'H), ni la Force de Répression des Gangs (GSF/FRG) n'ont déployé la moitié de la fureur militaire promise aujourd'hui par le président salvadorien. Pourquoi cette retenue lorsqu'il s'agit du sang des Haïtiens, et ce déploiement de force soudain lorsqu'un contingent étranger est touché ?  

Question 2 : Riposte militaire ou risque de massacre d'innocents ?

Oui, le banditisme armé doit être déchouqué sans complaisance. Mais lancer des opérations de combat d'une violence incontrôlée dans des zones à forte densité urbaine pose un dilemme éthique et tactique majeur.

Lorsqu'une force internationale décide d'agir sous le coup de la colère et de la vengeance institutionnelle pour sauver quatre des leurs, qui garantit la sécurité des milliers d'habitants de la Plaine qui servent déjà de boucliers humains aux gangs ? Déclencher des frappes aveugles au nom de la défense de soldats étrangers risque d'ajouter du sang innocent au sang innocent.

Question 3 : Existe-t-il une complicité dans la gestion de la sidération ?


Cette asymétrie de réaction alimente une suspicion grandissante au sein de l'opinion publique : sommes-nous face à une stratégie délibérée visant à maintenir le peuple haïtien dans un état de traumatisation et de vulnérabilité permanentes ?

Il est inacceptable que les forces républicaines et internationales restent sourdes aux appels au secours des citoyens haïtiens pendant qu'ils se font assassiner, mais qu'elles soient capables de mobiliser des hélicoptères, des blindés et des troupes d'assaut dès que la crise touche des intérêts extérieurs.

Exiger le respect de la vie haïtienne

La rédaction de REACT24 le réaffirme avec force : l'éradication des gangs doit être globale, impartiale et prioritairement axée sur la protection de la population civile haïtienne. La vie d'un citoyen de Kenscoff, de l'Artibonite ou de la Plaine a exactement la même valeur que celle d'un militaire étranger. L'État haïtien doit cesser de tolérer ce double standard humiliant et exiger que la même puissance de feu soit déployée pour libérer chaque quartier haïtien pris en otage.

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