Le plan de la OEA présenté à Abinader : Complot international ou simple manœuvre diplomatique sur la crise haïtienne ?


 Une rencontre qui suscite l'interrogation

Lors du sommet de la CEPAL à Santiago de los Caballeros, le secrétaire général de l'Organisation des États Américains (OEA), Albert Ramdin, a présenté au président dominicain Luis Abinader le « plan d'action » de l'organisation visant à lutter contre les gangs armés en Haïti. Pour de nombreux observateurs et citoyens haïtiens, cette démarche soulève une question fondamentale : pourquoi un organisme international vient-il rendre compte ou exposer un plan de sécurité concernant Haïti au chef d'État du pays voisin ?

Entre soupçons d'ingérence, stratégies régionales et réalité géopolitique, cette initiative diplomatique mérite une analyse sans concession.

1. Une démarche géopolitique, non une reddition de souveraineté

Il convient d'abord de préciser que la présentation de ce plan à Luis Abinader ne confère aucun droit ni aucune tutelle à la République Dominicaine sur le territoire haïtien. Luis Abinader demeure exclusivement le président de la République Dominicaine.

Toutefois, la position de Santo Domingo est centrale pour les organismes internationaux pour deux raisons :


La frontière terrestre unique : Partageant l'île d'Hispaniola, la République Dominicaine subit directement les répercussions sécuritaires, économiques et migratoires de la crise haïtienne.

Le lobbying intense de Santo Domingo : Depuis plusieurs années, Luis Abinader s'est érigé en principal porte-voix international réclamant une intervention armée et des mesures coercitives contre les gangs en Haïti. L'OEA cherche donc à maintenir l'alignement de Santo Domingo sur les initiatives coordonnées avec les Nations Unies.

2. Le vide institutionnel haïtien et la tentation des raccourcis diplomatiques

L'une des raisons majeures qui pousse la diplomatie internationale à consulter prioritairement Santo Domingo réside dans la faiblesse et la fragmentation du pouvoir à Port-au-Prince. Faute d'un gouvernement élu et fort capable d'imposer sa doctrine de sécurité nationale, les instances internationales comme l'OEA et l'ONU ont tendance à traiter avec le partenaire régional le plus stable et le plus vocal sur le dossier.

C'est précisément ce décalage qui alimente la perception d'un « complot » ou d'une mise sous tutelle indirecte. En discutant des mécanismes de sécurité haïtiens avec le président dominicain, l'OEA renforce l'idée d'un arbitrage extérieur où les intérêts de Santo Domingo priment sur la souveraineté de Port-au-Prince.

3. Le risque d'instrumentalisation politique

Pour le gouvernement dominicain, recevoir les primeurs des plans stratégiques de l'OEA constitue une victoire diplomatique interne. Cela permet à Luis Abinader de prouver à sonбиратель (électorat) qu'il influence directement la politique sécuritaire de l'île tout en justifiant le maintien de sa politique de militarisation de la frontière et d'expulsions massives.

Pour Haïti, la leçon est claire : aucune organisation internationale ne respectera la souveraineté haïtienne tant que l'État ne se dotera pas d'institutions légitimes, d'une armée (FAd'H) et d'une police (PNH) pleinement opérationnelles et autonomes pour assurer la sécurité sur son propre territoire.

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